
Peur de perdre le contrôle : ce que vit vraiment l'anxieux

Dhia-Dine Trabelsi
Psychanalyste · Toulon
Cette peur que vous n'osez pas toujours nommer
Vous êtes assis, en apparence calme. Pourtant, quelque chose en vous surveille en permanence — votre propre esprit. Une pensée revient, insistante : et si je craquais ? Et si, d'un moment à l'autre, vous perdiez pied, deviez folie, ou faisiez quelque chose que vous ne contrôlez pas ?
Cette peur-là est souvent tue. Elle fait honte. Elle semble trop étrange pour être dite à voix haute. Et pourtant, elle est l'une des plaintes les plus fréquentes chez les personnes qui vivent avec de l'anxiété intense ou des attaques de panique.
Ce que décrivent souvent les personnes concernées
- Une sensation de dépersonnalisation : se regarder de l'extérieur, comme si on n'était plus tout à fait là
- Une hyper-vigilance sur ses propres pensées, comme si surveiller empêchait le pire
- La crainte de dire ou faire quelque chose d'incontrôlable en public
- Une peur de la folie qui revient surtout dans les moments de fatigue ou de stress
Ce qui est remarquable — et souvent soulagent quand on l'entend — c'est que cette peur de devenir fou est rarement le signe qu'on va le devenir. Elle témoigne au contraire d'une conscience aiguë de soi, d'un moi qui se bat pour rester cohérent.
« Ce n'est pas parce qu'on a peur de perdre la raison qu'on est en train de la perdre. Parfois, c'est même le contraire. »
Cette nuance, je la pose souvent dès les premières séances. Elle ne résout pas tout, mais elle permet déjà de respirer un peu.
Ce que cette peur peut révéler, sous la surface
D'un point de vue psychanalytique, la peur de perdre le contrôle n'est pas un symptôme arbitraire. Elle s'inscrit dans une histoire, dans une manière d'être au monde qui s'est construite — souvent très tôt.
Quand le contrôle est devenu une nécessité
Certaines personnes ont grandi dans des environnements où l'imprévisibilité était source de danger — émotionnel, relationnel, parfois physique. Maintenir le contrôle sur soi-même est alors devenu une stratégie de survie. Une façon de tenir debout.
Le problème, c'est que cette stratégie a un coût. Elle demande une vigilance épuisante. Et plus on surveille, plus on perçoit des signaux d'alarme là où il n'y en a pas forcément.
Ce que l'anxiété peut tenter de dire
L'anxiété intense — et particulièrement cette peur de craquer — peut être comprise comme un signal intérieur, une tension entre ce que l'on ressent profondément et ce que l'on s'autorise à exprimer. Ce n'est pas une vérité absolue, mais une piste de travail que j'explore avec chaque personne qui vient me consulter à Toulon.
Quelques questions que ce vécu peut amener à se poser :
- Qu'est-ce que je retiens depuis longtemps, sans me l'autoriser ?
- Y a-t-il des émotions — colère, tristesse, désir — que je juge trop dangereuses pour être ressenties ?
- À qui ou à quoi m'identifiais-je quand j'ai appris que certaines émotions étaient « trop » ?
Ces questions ne sont pas à résoudre seul, ni rapidement. Elles ouvrent un espace — celui de la parole, du travail analytique — où quelque chose peut progressivement se dénouer.
Un exercice pour sortir du tourbillon
Quand la peur de perdre le contrôle monte, voici une pratique simple qui peut aider à retrouver un ancrage :
L'ancrage sensoriel en 5 étapes (à faire assis, les pieds posés au sol) :
- Nommez 5 choses que vous voyez autour de vous (une lampe, une fenêtre…)
- Posez vos deux mains à plat sur vos cuisses — sentez le contact, la chaleur
- Inspirez lentement pendant 4 secondes, retenez 1 seconde, expirez pendant 6 secondes
- Répétez ce cycle respiratoire 3 fois
- Dites intérieurement, sans vous forcer à y croire complètement : « Je suis là. Je suis en sécurité en ce moment. »
Cet exercice ne supprime pas l'anxiété, mais il peut interrompre la spirale de pensées et ramener l'attention vers le présent.
Quand consulter un professionnel à Toulon ?
Il n'y a pas de seuil objectif à partir duquel il « faut » consulter. Mais certains signes suggèrent qu'un accompagnement peut être utile — et que continuer seul devient épuisant.
Quelques signaux à prendre au sérieux
- La peur de perdre le contrôle revient souvent, même sans déclencheur apparent
- Vous évitez des situations (transports, lieux publics, réunions) par crainte de craquer
- Vous passez beaucoup d'énergie à vous surveiller ou à vous rassurer
- Vous avez vécu une ou plusieurs attaques de panique et la peur de la prochaine est devenue omniprésente
- Vous n'en parlez à personne, par honte ou par peur de ne pas être compris
Si vous vous reconnaissez dans l'un de ces points, ce n'est pas une faiblesse. C'est une information.
En tant que psychanalyste installé à Toulon, je reçois des personnes qui portent cette peur depuis des années, souvent sans avoir pu en parler librement. Ce que j'observe, c'est que mettre des mots sur ce vécu — dans un espace sécurisé, sans jugement — peut progressivement modifier le rapport à cette peur. Pas en la faisant disparaître par magie, mais en lui donnant un sens, une place, une histoire.
La parole ne guérit pas tout. Mais elle peut faire une différence réelle. Et parfois, commencer, c'est déjà beaucoup.

