
Je sabote mes relations quand tout va bien : que se passe-t-il ?

Dhia-Dine Trabelsi
Psychanalyste · Toulon
Quand le bonheur fait peur
Vous rencontrez quelqu'un de bien. La relation prend forme, quelque chose de doux s'installe — et c'est précisément à ce moment-là que vous commencez à vous retirer. Une dispute pour rien, un message laissé sans réponse, une distance que vous créez sans vraiment comprendre pourquoi.
Ce n'est pas de la mauvaise volonté. Ce n'est pas non plus une fatalité. C'est un schéma, c'est-à-dire une façon d'agir qui se répète, souvent à votre insu, et qui semble avoir sa propre logique intérieure.
« Je sais que je fais fuir les gens. Mais c'est toujours quand ça commence à bien aller que je deviens impossible. »
Cette phrase, ou une variante de celle-ci, revient souvent dans mon cabinet. Elle dit quelque chose d'important : le danger ne vient pas de l'échec, mais de la réussite. Ce retournement mérite qu'on s'y arrête.
Ce que l'on observe
Les formes que peut prendre ce sabotage sont variées :
- Provoquer une dispute sans raison apparente
- Devenir froid ou distant alors que l'autre est disponible
- Multiplier les critiques au moment où la relation s'approfondit
- Partir — physiquement ou émotionnellement — juste avant un cap important
- Se convaincre que l'autre « n'est finalement pas si bien »
Ce qui frappe, c'est la régularité de ces comportements. Pas une fois, pas deux — mais à chaque fois que l'intimité devient possible. C'est ce motif répétitif qui oriente mon attention, en tant que psychanalyste, vers ce qui se joue en dessous.
Ce que l'inconscient cherche à protéger
La psychanalyse part d'une hypothèse simple : nous ne faisons pas toujours ce que nous voulons consciemment. Une partie de nous agit selon des logiques plus anciennes, forgées bien avant que nous soyons en mesure de les nommer.
Quand quelqu'un sabote une relation au moment où elle pourrait vraiment exister, il ne s'agit généralement pas d'un manque d'amour ou d'un désir de solitude. Il s'agit souvent d'une tentative de se protéger — d'une douleur anticipée, d'une perte redoutée, d'une situation autrefois vécue et jamais vraiment traversée.
Quelques pistes de compréhension
Ces dynamiques sont propres à chaque histoire. Mais certaines configurations reviennent fréquemment :
- La peur de l'abandon différé : « Si je pars en premier, je ne subirai pas la perte. »
- L'indignité ressentie : « Je ne mérite pas que ça dure. » Une conviction souvent inconsciente, héritée d'expériences précoces.
- La loyauté invisible : Rester heureux pourrait, inconsciemment, trahir quelqu'un ou quelque chose — un parent malheureux, une histoire familiale marquée par l'échec.
- L'inconnu de la sécurité : Pour certaines personnes, la tension et l'incertitude sont familières. Le calme, lui, est étrange — presque menaçant.
Ces pistes ne sont pas des explications définitives. Elles sont des hypothèses de travail, des fils à tirer pour comprendre ce qui se joue dans votre propre histoire.
Un exercice pour observer le schéma
Avant de chercher à changer quoi que ce soit, il peut être utile d'observer. Voici une pratique simple :
- La prochaine fois que vous ressentez l'envie de fuir ou de provoquer une rupture dans une relation, pausez-vous 3 minutes avant d'agir.
- Asseyez-vous, posez les deux pieds à plat sur le sol, et respirez lentement — 4 secondes d'inspiration, 6 secondes d'expiration — pendant 5 cycles.
- Posez-vous cette question, sans chercher à y répondre immédiatement : « De quoi est-ce que je me protège en ce moment ? »
- Notez ce qui vient — une image, un mot, une sensation corporelle — dans un carnet.
Ce n'est pas un exercice pour « guérir » le schéma. C'est un exercice pour commencer à le voir, ce qui est déjà considérable.
Quand consulter ?
Si vous vous reconnaissez dans ce qui précède — si vous avez l'impression de revivre la même histoire en changeant seulement les visages, si vous sabotez ce qui vous tient à cœur sans comprendre pourquoi — il peut être précieux de ne pas rester seul avec cette question.
Ce type de schéma s'est souvent construit dans des contextes relationnels anciens, parfois très anciens. Il ne disparaît généralement pas par la seule volonté consciente, ni par la lecture d'articles ou de livres de développement personnel.
Ce que je propose, dans mon cabinet à Toulon, c'est un espace pour explorer ce qui se répète — sans jugement, sans précipitation. La psychanalyse n'est pas un traitement au sens médical du terme : c'est une invitation à entendre ce que votre histoire a à dire, pour que vous puissiez vous y situer autrement.
Vous n'avez pas à comprendre tout seul pourquoi vous faites ce que vous faites. C'est précisément pour cela qu'un accompagnement existe.
Attentif à ce que vous traversez, je vous accueille à votre rythme, dans un cadre confidentiel et bienveillant.


