
Toujours le même rôle en relation : victime, sauveur ou bourreau ?

Dhia-Dine Trabelsi
Psychanalyste · Toulon
Victime, sauveur, bourreau : un scénario qui se rejoue
Une nouvelle relation commence, et quelques mois plus tard, une impression familière s'installe. Vous vous retrouvez à tout porter pour l'autre. Ou à vous sentir incompris, mis de côté. Ou encore à vous entendre durcir le ton, sans vraiment vous reconnaître.
Ce sentiment de déjà-vu, avec d'autres visages mais la même place, est plus répandu qu'on ne le croit. Il peut surgir en couple, en amitié, en famille ou au travail.
Une grille de lecture, pas une étiquette
Le triangle dramatique, décrit par Stephen Karpman, propose trois positions que l'on peut occuper dans une relation :
- La victime : elle subit, se sent impuissante, attend que quelqu'un change ou la secoure.
- Le sauveur : il s'occupe des autres, anticipe leurs besoins, et s'oublie souvent en chemin.
- Le bourreau : il critique, contrôle ou domine, parfois pour ne pas se sentir vulnérable.
Ce n'est pas un portrait figé de ce que vous êtes. Beaucoup de personnes passent d'un rôle à l'autre selon les situations, et je n'y vois pas un jugement, seulement un repère pour mettre des mots sur ce qui se joue.
D'où peuvent venir ces positions ?
En psychanalyse, on s'intéresse à la façon dont l'histoire personnelle laisse des traces dans nos manières de relier. Un enfant qui a dû rassurer un parent fragile, ou se faire tout petit pour éviter les conflits, peut avoir appris très tôt une place qui lui semblait nécessaire.
Certaines personnes constatent, à l'âge adulte, que cette place se rejoue sans qu'elles l'aient choisie. Je reste prudent : on ne peut pas établir de lien mécanique entre un événement passé et un comportement présent. Mais l'observation de ces répétitions, au fil des séances, peut aider à y voir plus clair.
Répéter n'est pas échouer. C'est souvent ce qui reste d'une manière ancienne de se protéger.
Repérer votre rôle : un exercice de 10 minutes
Avant de chercher à comprendre l'origine d'un schéma, il peut être utile de le repérer dans votre quotidien. Voici un exercice que vous pouvez essayer dès aujourd'hui, sans autre matériel qu'une feuille et un stylo.
Étape par étape
- Installez-vous assis, les pieds à plat, dans un endroit calme. Faites 5 respirations lentes : inspirez 4 secondes par le nez, expirez 6 secondes par la bouche.
- Choisissez 3 situations relationnelles récentes qui vous ont laissé un goût amer ou une fatigue (une dispute, un service rendu à contrecœur, un silence pesant). Notez-les en une ligne chacune.
- Pour chaque situation, consacrez 2 minutes à ces questions :
- Qu'ai-je ressenti dans mon corps à ce moment-là (gorge serrée, tension dans les épaules, élan de tout régler) ?
- Quelle place ai-je prise : celle de celui qui subit, de celui qui répare, de celui qui impose ?
- Qu'est-ce que je n'ai pas dit ou pas demandé ?
- Relisez vos trois notes et observez simplement ce qui revient. Sans chercher à vous corriger.
Ce que certaines personnes remarquent
Il arrive que ce petit exercice fasse apparaître une phrase qui se répète : « Si je ne le fais pas, personne ne le fera », « On ne m'écoute jamais », « Il faut que je garde le contrôle ». Ces phrases sont parfois un point de départ pour une réflexion plus approfondie.
Si l'exercice fait remonter des émotions fortes ou des souvenirs douloureux, vous pouvez vous arrêter. Il n'y a aucune obligation d'aller plus loin seul. Cet exercice n'a pas vocation à remplacer un accompagnement : il offre simplement un premier regard sur vos habitudes relationnelles.
Quand consulter ?
Vous reconnaissez peut-être ces situations : vous quittez une relation en vous promettant que ce sera différent, et vous retrouvez la même dynamique avec quelqu'un d'autre. Vous vous épuisez à prendre soin des autres sans que personne ne s'en soucie pour vous. Ou vous constatez que vos réactions vous échappent et blessent vos proches, avec ensuite de la culpabilité.
Autres signes qui peuvent donner envie d'en parler :
- le sentiment de ne pas avoir le choix de votre place dans les relations ;
- une fatigue ou une tristesse liées à ces répétitions ;
- des conflits qui se ressemblent d'un cercle à l'autre (couple, famille, travail).
En tant que psychanalyste à Toulon, je propose un espace où vous pouvez parler librement, à votre rythme, de ce que vous vivez. Je n'y pose pas de diagnostic et je ne promets aucun résultat. Je vous écoute, et nous cherchons ensemble comment votre histoire éclaire ces positions qui reviennent. Certaines personnes y trouvent la possibilité de prendre conscience de ce qui se rejoue, et d'envisager d'autres manières d'être en lien.
Si vous traversez une période de détresse importante, parlez-en aussi à votre médecin ou à un professionnel de santé qualifié. Et si vous vous reconnaissez dans ces lignes, vous pouvez me contacter pour un premier échange.


